Archive | février 2013

Oden Restaurant

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C’est un petit restaurant en face de l’université. On y était venu il y a sans doute plus d’un an, et ce n’est que ce soir que nous y avons payé notre deuxième visite. L’endroit est très vieux. Chi m’avait parlé de la date de sa fondation mais je ne m’en souviens plus (c’était il y a un an je vous dit). Je me rappelle juste que la dernière fois c’était désert, et ça m’a donc choqué de voir à travers la porte coulissante et dégoulinante de buée que la salle était comble. Deux places au comptoir nous attendaient sans le savoir. Derrière nous, des enfants qui piaillent, à côté, des gens qui travaillent au même étage que moi et qui ne nous décrochent pas un regard.

L’attrait de l’endroit, c’est une cuve en cuivre dans laquelle un bouillon sombre (sans doute à base de soja) réchauffe plusieurs aliments: du tofu grillé, des beignets de poissons, des brochettes, des œufs, des blocs de gelée, ainsi que du navet et des pommes de terre. Avec des baguettes, le chef (un bien grand mot tout de même) pèche les morceaux que vous lui commandez. Mais jamais de tout le temps passé dans la boutique il ne décrochera un sourire ou un parole sans doute jugée inutile. Alors qu’on appelait une deuxième fois en pensant qu’il ne nous avait pas entendu, il répondait d’un ton agacé qu’il nous fallait être plus patient. Si jamais il manquait un aliment à notre commande, il ne jugeait apparemment pas normal de nous le dire, et semblait se répéter en nous répondant finalement qu’il n’y en avait plus. Une grande gêne nous prenait. On ne commandait qu’avec peur. Je prétextait d’ailleurs de ne pas parler japonais pour laisser Chi prendre la parole. Je n’ai bien sur pas oser demander pour prendre une photo de l’endroit qui est tout de même plaisant.

Sur le mur du fond, un photo en noir et blanc le représentait vingt / trente ans plus jeune (c’est dur à dire avec les japonais). A l’époque il avait pourtant l’air un peu plus souriant. du moins du coin des lèvres. On a d’abord cru que c’était les enfants qui l’énervaient, de manière légitime, mais leur départ accompagné n’a pas changé son humeur. Ce n’est qu’en partant que j’ai subrepticement aperçu un relâchement sur le visage, une crispation assouvie, l’ébauche d’un sourire pourrais-je même supposer, mais je ne sais pas si il était vraiment adresse au client que j’étais ou a lui même.

Dans n’importe quel autre endroit au Japon (sauf à Neko Café, peut être), j’ai toujours été reçu par des gens accueillant, très serviable et amical. C’en est même parfois gênant, et il me faut arrêter de machinalement finir mon verre d’eau je veux pouvoir sortir. Mais ce soir, c’était surprenant de différence, complètement inattendu et déboussolant. Ce n’est qu’avec du recul que ça m’a effrayé : on se serait cru dans en France.