Cerisiers en fleur

La floraison des cerisiers a commencé tôt cette année, et aussi bien sur le campus que dans le parc derrière l’appartement, les fleurs ont envahi le paysage. Petite vidéo rapide en rentrant de la boulangerie ce matin par Harimazaka (de zaka rue en pente).

Les deux voies de la rue sont séparées par une allée piétonne où les japonais viennent pique-niquer pour regarder les arbres, tradition de O’Hanami (regarder les fleurs).

Juste vers la fin de la vidéo (quand le vent s’engouffre dans la bande sonore), vous pouvez voir la terrasse où l’on s’évertue à avoir nos habitudes dès les beaux jours revenus.

NB: L’année dernière j’avais fait ce petit film des cerisiers dans le parc.

Oden Restaurant

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C’est un petit restaurant en face de l’université. On y était venu il y a sans doute plus d’un an, et ce n’est que ce soir que nous y avons payé notre deuxième visite. L’endroit est très vieux. Chi m’avait parlé de la date de sa fondation mais je ne m’en souviens plus (c’était il y a un an je vous dit). Je me rappelle juste que la dernière fois c’était désert, et ça m’a donc choqué de voir à travers la porte coulissante et dégoulinante de buée que la salle était comble. Deux places au comptoir nous attendaient sans le savoir. Derrière nous, des enfants qui piaillent, à côté, des gens qui travaillent au même étage que moi et qui ne nous décrochent pas un regard.

L’attrait de l’endroit, c’est une cuve en cuivre dans laquelle un bouillon sombre (sans doute à base de soja) réchauffe plusieurs aliments: du tofu grillé, des beignets de poissons, des brochettes, des œufs, des blocs de gelée, ainsi que du navet et des pommes de terre. Avec des baguettes, le chef (un bien grand mot tout de même) pèche les morceaux que vous lui commandez. Mais jamais de tout le temps passé dans la boutique il ne décrochera un sourire ou un parole sans doute jugée inutile. Alors qu’on appelait une deuxième fois en pensant qu’il ne nous avait pas entendu, il répondait d’un ton agacé qu’il nous fallait être plus patient. Si jamais il manquait un aliment à notre commande, il ne jugeait apparemment pas normal de nous le dire, et semblait se répéter en nous répondant finalement qu’il n’y en avait plus. Une grande gêne nous prenait. On ne commandait qu’avec peur. Je prétextait d’ailleurs de ne pas parler japonais pour laisser Chi prendre la parole. Je n’ai bien sur pas oser demander pour prendre une photo de l’endroit qui est tout de même plaisant.

Sur le mur du fond, un photo en noir et blanc le représentait vingt / trente ans plus jeune (c’est dur à dire avec les japonais). A l’époque il avait pourtant l’air un peu plus souriant. du moins du coin des lèvres. On a d’abord cru que c’était les enfants qui l’énervaient, de manière légitime, mais leur départ accompagné n’a pas changé son humeur. Ce n’est qu’en partant que j’ai subrepticement aperçu un relâchement sur le visage, une crispation assouvie, l’ébauche d’un sourire pourrais-je même supposer, mais je ne sais pas si il était vraiment adresse au client que j’étais ou a lui même.

Dans n’importe quel autre endroit au Japon (sauf à Neko Café, peut être), j’ai toujours été reçu par des gens accueillant, très serviable et amical. C’en est même parfois gênant, et il me faut arrêter de machinalement finir mon verre d’eau je veux pouvoir sortir. Mais ce soir, c’était surprenant de différence, complètement inattendu et déboussolant. Ce n’est qu’avec du recul que ça m’a effrayé : on se serait cru dans en France.

 

Omikoshi : Passing Shrines

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Alors que je me demandais ce que je pourrais bien vous raconter prochainement, parvint de la rue le bruit des tambours et de la foule qui arpentaient l’asphalte. J’abandonne le peu de travail dominical dans lequel je n’arrivais pas à m’absorber, et je tombe en me penchant sur ces enfants et adultes qui portent sur leurs épaules des petits temples portables, et empruntent la rue dans une longue procession.

Leur course, je ne la connais pas très bien. J’ai bien essayé de les retrouver une fois sortie de l’appartement, mais les tambours était déjà loin. Je m’attendais à les voir finir leur chemin dans la cour d’un temple, mangeant des poissons grillés en guise de snack. Mais plutôt que l’un des trois temples de la rue voisine, ils se sont arrêtées devant une maison tout a fait normale; banale même, dont le garage était reconverti temporairement en autel (avec ce qu’il faut de décorum tout de même). Un prêtre officiait pour le groupe d’une procession. Dans la rue, appuyé contre le mur d’en face ou contre les temples poses sur des tréteaux, un autre groupe attendait, ainsi que deux femmes portant des plateaux de verres de saké dédiés à la bonne conduite de la ceremonie. Je ne me suis pas permis de prendre des photos, mais tant de monde et de cérémonial, dans ce garage devant lequel je passais avant tous les jours pour aller travail, ça créait du décalage.

Kumano-Kodo

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Après cela, nous partîmes donc quelques jours en vacances, et il n’y avait qu’un chemin de pèlerinage pour nous remettre de tant d’émotion: Des pavets entre les arbres, perdus dans la foret, des marches a n’en plus finir, et des temples shinto perchés dans des endroits improbables. Le chemin de pèlerinage de Kumano-Kodo est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, sans toutefois être envahi par les touristes comme peut l’être le mont Fuji.

On a commencé le séjour par un Ryokan (hotel) sur une île au sud de la péninsule de Kii. En chemin on s’est arrêté dans un restaurant de pêcheurs pour dépiauter une branchie grillée de thon. Et je n’aurai pas peur d’avouer ici que j’ai été toute ma vie passée honteusement trompé par des boites de conserve quant à la taille d’un thon. Le spécimen exhibé sur le quai faisait plus de deux mètres (et était aussi bien meilleur en sashimi qu’une boite de thon a l’huile, même fraichement ouverte).

Donc après cette petite halte poissonnière à se balader dans un bateau ridicule, nous nous sommes attaqués à la montagne. Quatre jours de ballades à combiner des flans de montagnes à monter plus qu’à ne descendre, des temples, mais aussi des sources chaudes pour reposer nos corps endoloris.

Plus de photos visibles ici.

Design Expo

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Il y a quelques semaines de cela a eu lieu l’exposition Good Design a Tokyo, de quoi voir un peu ce que le design japonais pouvait signifier.

Il étai déjà impressionnant d’arriver au lieu de l’exposition, Tokyo Big Sight, sorte de pyramide retournée. La superposition dans la capitale de tous les types d’architectures, modernes, traditionnels, occidentaux, ou même quelconques, donne une image de la ville très désordonnée. Le renouvellement rapide des bâtiments depuis le début du XXème siècle a aidé à la réalisation de ce patchwork géant, et dans l’imaginaire occidental, il n’y a eu que le film de Ridley Scott, Blade Runner, pour laisser imaginer une ville comme celle ci. Ajoutez y les parapluies jetables, les modes vestimentaires les plus opposées, parfois aux bords de l’indécence (du costume standard de white collar en pleine canicule aux porte-jarretelles apparent sous la mini-jupe), et le mélange d’annonces publicitaires dans une multitude de langues et d’alphabets (trois pour le japonais, le romain pour l’anglais et le français, un autre pour le coréen), pour qu’après une ballade nocturne il soit possible de s’imaginer dans la ville de culture mondiale dépeinte dans le film futuriste. Et devant la pyramide moderne de Tokyo, difficile de ne pas faire une nouvelle fois la comparaison.

Une fois passe cet émerveillement de geek, on peut se consacrer a l’exposition de design en elle même. Je vous passerais les inévitables objets du quotidien dont le mot d’ordre a été l’application du silicone pour remplir vos placards de cuisine, ou des LEDs pour réduire la consommation d’énergie. Il y a aussi les nombreuses innovations de l’électronique, avec les micro-projecteurs intégrés dans l’appareil photo (pour quand la météo de Quimper vous immobilise dans un gite avec un jeu de 51 cartes comme seule occupation possible), ou les innombrables accessoires pour iPhone (pour que même les plus rebelles des break-danseurs puissent être comme tous le monde).

Il était plus intéressant pour moi de voir comment le design tente de changer les objets traditionnels japonais pour y apporter un peu plus de confort moderne. Vous aimez vous relaxer en vous allongeant sur un tatami, et sentir a plein poumon l’odeur du jonc ? Même si votre appartement en banlieue n’offre qu’un lino usé, vous pouvez adopter le fauteuil et repose-pied fabriqué en tatami ! Dans la même idée, j’ai déjà eu bien des problèmes a boire du saké dans un masu, gobelet en bois de forme cubique, qui doit certainement être très bien pour mesurer le riz, mais qui, plein de liqueur de la même graine, fuit et n’offre que des angles agressifs impropre a la consommation modérée. Proposer le même gobelet dans une forme triangulaire résout à la fois le problème de la consommation, et du stockage moins encombrant également.

Le Grand Bouddha de Kamakura

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Le week-end dernier a été allongé du Lundi férié, et j’en ai profité pour glander proprement sur Tokyo (comme d’habitude), tout en faisant une légère escapade à Kamakura dans les alentours de la capitale. Cette ville possède tout ce qu’il faut pour l’évasion des plébéiens, avec de nombreux temples aux intérieurs très riches et variés, coincés entre des montagnes, la foret et la mer. Le grand Bouddha de bronze à ciel ouvert reste le plus intéressant site de la ville, surpris dans la montagne en pleine méditation.

Sur ce, je n’en dirais pas plus, tout simplement parce que je n’en sais pas plus…

Au carrefour Hachiko, et de quoi s’en remettre

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Oui, je n’avais pas parlé du chien avant, et c’est vrai que la dessus j’ai un peu péché. Parce que si je me dois de vous présenter un peu Tokyo, je dois parler aussi de ses endroits et personnages emblématiques. Or, à Shibuya, l’un des quartiers phares de la vie diurne et nocturne de la capitale, se trouve Hachiko, le chien qui attendit jours après jours son maitre à la gare du quartier alors que celui-ci était mort sans prévenir. L’image du chien n’est pas représentative : c’est la première fois que je le vois affublé d’une écharpe à la commémoration indéchiffrable, et il était improbable que le jour de ma séance photo il y ai le drapeau national dans la brise du soir. Mais bon, c’est ainsi, et dans son allure  fière, le chien attend toujours son maitre parmi la foule. Et quelle foule. Le premier rendez-vous que l’on m’avait donné à Shibuya était bien évidemment au pied du chien, et j’ai mis 5 minutes à l’atteindre. (Nota Bene, comme il y a une fresque représentant des chiens sur le mur d’en face, et beaucoup moins de monde à poireauter devant, j’avais réussi à arriver en retard tout en étant à 20 m du clébard de bronze).

Shibuya, sinon, c’est ce grand carrefour que l’on a tous vu de jour ou de nuit en photo, montrant la foule japonaise envahir le bitume en se souciant bien peu de la direction des passages piétons. Cette place est impressionnante parce que la foule y est tout le temps. Je me rappelle ma grande déception le jour de la saint Patrick à New York l’année dernière, lors qu’à 11h du soir le crocodile et moi n’avions pas pu trouver un seul bar autour de Time Square avec un minimum d’ambiance. Le flop complet, alors que les séries télé m’avaient toujours laissées croire que les trois quarts des flics de la ville était irlandais (surtout ceux qu’on enterrait)… Bref, je veux bien que l’on m’affirme le contraire, mais Manhattan me parait bien morne en comparaison avec des quartiers comme celui-ci à Tokyo.

Personnellement, après quinze minutes dans la foule, l’envie de chanter en groupe dans un karaoké ne me prenant pas, je m’ennuie déjà un peu, et je m’empresse de retrouve Myoko, une japonaise de ma connaissance, pour une soirée plus calme dans un bar a Kagurazaka. On trouve à Tokyo tout une catégorie de bar à cocktails constitués la plupart du temps d’un comptoir pour une demi douzaine de client, et d’une table à l’écart si la salle est assez grande. Depuis la hollande et une série sur le Jazz à New-Orleans, le seul cocktail auquel je puisse penser fasse au barman, c’est le Sazerac. L’un des plus vieux cocktails qui existent, à base de Bourbon, de Bitter, d’Absinthe, et de sirop de sucre. Même dans les bars comme celui ci, personne ne connait, mais le barman de cette enseigne est assez curieux et amoureux de son art. La veille, alors que Myoko lui demandait justement si il connaissait ce breuvage de la Nouvelle Orléans, le barman fait quelques recherches pour trouver la recette, sort les bouteilles nécessaires de ses étagères, bricole un ersatz de Bitter avec du Campari et un autre alcool, et sert à la jeune japonaise son premier essai. La fille n’y connait rien, et pour tout dire n’aime pas le whisky. Donc il faut remettre au lendemain (puisque la veille j’étais ailleurs). Entre temps, le patron a fait des recherches, et quand il me prépare le Sazerac, je vois bien que l’on ai déjà plus près de ce que je connaissais du cocktail, même de manière indirecte. Le parfum de l’absinthe ressort bien et se mélange à celui du zeste de citron. Quand au cocktail, il est très bien. Mon premier Sazerac au Japon, et il y en aura bien d’autre je pense.

Le verre finit, il nous faut s’éclipser, parce que l’endroit est tout de même encore moins bon marché que l’on pourrait l’espérer. On se réfugie pas très loin de chez moi dans bar de Maï (le nom du patron). C’est comme ça que l’on me l’a présenté, et je ne suis même pas sur de son vrai nom (au bar). En tout cas c’est une ambiance que j’aime beaucoup, où les vinyles par centaines se mélangent à toutes sortes de décorations bizarres, bibelots excentriques et objets de collections. Autour de nous, les discussions tranquilles des japonais du quartiers, à milles lieux des stéréotypes en mini-jupes, porte-jarretelles apparents et faux-ongles démesurés que l’on croise à Shibuya.